Chandelier à 3 branches au RER

Postulat et fil conducteur

Le Chandelier à trois branches de l'Autel d'Orient n'est, selon cette hypothèse, que la partie visible – pour nos yeux d'hommes déchus – de la mythique Ménorah du Temple de Salomon, symbole de l'homme, créature du Grand Architecte de l'Univers. Il s'agira donc, en filigrane, de mettre en regard ce chandelier rituel et l'Arbre de Vie kabbalistique, afin de suggérer que c'est la même réalité, fragmentaire dans le Temple maçonnique, qui se déploie en plénitude dans la Ménorah biblique.

Ménorah, Hanoukkia et sources traditionnelles

La Ménorah du Temple est un Chandelier à sept lampes, à ne pas confondre avec la Hanoukkia, Chandelier à huit lumières plus une neuvième, dite chamash, utilisé pour allumer les autres pendant la fête de Hanoukkah. Cette fête commémore la reconquête et la purification du Second Temple des mains des Juifs hellénistes et du pouvoir séleucide sous Antiochos IV, mais aussi le miracle de l'huile, lorsque la Ménorah reste allumée huit jours avec une seule mesure d'huile rituelle suffisante pour un jour. Ce récit de la « cruche d'huile » est rapporté par la tradition talmudique, dans le traité Shabbat 21b, et c'est sur lui que se fonde la durée de huit jours de Hanoukkah.

Nous parlons ici de la Ménorah parce qu'elle est décrite comme une œuvre d'inspiration divine, au même titre que l'Arche ou le Tabernacle. Dans l'Exode, le Très-Haut demande à Moïse de faire fabriquer le Tabernacle, l'Arche, la table des pains de proposition, l'autel des parfums, et, parmi ces objets, un Chandelier d'or pur : « Tu feras un Chandelier d'or pur ; ce Chandelier sera fait d'or battu; son pied, sa tige, ses calices, ses pommes et ses fleurs seront d'une même pièce. Six branches sortiront de ses côtés… » (Ex 25, 31-32). La Torah insiste : « Regarde, et fais selon le modèle qui t'est montré sur la montagne » (Ex 25, 40), ce verset devenant, pour la tradition, l'indice d'un archétype céleste que l'artisan humain ne fait que recevoir et traduire.

La difficulté de Moïse et la fabrication « d'elle-même »

Les récits aggadiques soulignent que Moïse a eu de grandes difficultés à concevoir la Ménorah, au point qu'il a oublié par deux fois les instructions reçues au Sinaï. Une tradition rapportée dans le Talmud et les commentaires dit que l'Éternel finit par lui montrer une Ménorah de feu – image rapprochée par certains du buisson ardent – comme modèle vivant, plutôt qu'un simple plan. Rachi, commentateur du XIᵉ siècle, a allumé la tournure « elle se fera » comme l'indication que la Ménorah mosaïque se construit « d'elle-même », après que Moïse eut jeté dans le feu un talent d'or pur, l'œuvre se réalisant par la bénédiction divine plutôt que par l'ingéniosité humaine.

Le Zohar reprend la même idée à propos de la construction du Temple, s'appuie sur le verset « Lorsque la maison se bâtissait, elle fut bâtie de toutes pierres taillées d'avance… » (1 R 6,7) pour dire que, par un miracle, l'ouvrage se faisait « de lui-même ». Les artisans, selon ce midrash mystique, regardaient sans cesse un plan tracé par une main surnaturelle et ne s'en détournait pas jusqu'à l'achèvement de l'œuvre, ce qui transpose la Ménorah et le Temple au rang de réalisations où l'initiative vient d'en-haut, l'homme se laissant instruire plus qu'il ne conçoit.

Ménorah, arbre de vie et Arbre des Séphirot

La tradition rabbinique voit dans la Ménorah une stylisation de l'amandier, certains midrashim identifiant cet arbre à l'Arbre de Vie du Paradis. La Ménorah, avec sa tige centrale et ses six branches, évoque une hache dépendant de la terre et du ciel, puisant dans l'obscurité souterraine et rayonnant dans la lumière, image de l'homme enraciné dans la matière et tendu vers le divin. Dans la Kabbale, l'Arbre de Vie – l'Arbre séphirotique – est l'architecture de dix sefirot disposées sur trois colonnes ou piliers, chacun étant une modalité de la lumière divine et de sa révélation dans les mondes.

Certains kabbalistes ont mis en parallèle explicite la structure de la Ménorah et celle de l'Arbre des sefirot : la tige centrale correspondante à la colonne d'équilibre, les trois branches de droite à la colonne de la Miséricorde, et les trois branches de gauche à la colonne de la Rigueur. Dans cette lecture, les sept lampes peuvent symboliser les sept sefirot « inférieures » (de Hessed à Malkhout), tandis que la structure globale de la Ménorah renvoie à l'unité des dix sefirot, leurs nodosités rappelant les dix émanations et les vingt-deux ornements, les vingt-deux lettres de l'alphabet hébraïque.

Le Shin, la Ménorah et les Patriarches

Le Zohar compare la Ménorah à la lettre Shin , sous sa forme à trois branches et à quatre branches, et voyant respectivement les trois Patriarches – Abraham, Isaac et Jacob – et les quatre Matriarches – Sarah, Rébecca, Rachel et Léa. Le Shin est la 21ᵉ lettre de l'alphabet hébraïque, formée de trois Vav surmontés de trois Yod, ce qui en fait un signe de synthèse entre ciel et terre, entre « clou » d'attache et point de lumière. Le Sefer Yetsirah, texte fondamental de la Kabbale, parle de trois lettres « mères » – Aleph, Mem et Shin – qui forment le plateau du mérite et du démérite, la langue équilibrant les deux, et fait de Shin le principe du feu, associé au feu dans le monde, à la tête dans l'âme.

Un midrash célèbre raconte que lorsque Dieu décida de créer le monde, les lettres se présentèrent à Lui de la dernière à la première. Le Shin plaida sa cause en rappelant qu'il commence l'un des noms divins, Shaddaï, mais se vit refusé parce qu'il est aussi associé, dans la racine SHeKeR (mensonge), à un mensonge uniquement « stable » lorsqu'il s'appuie sur une part de vérité, démontrant que la lettre porte en elle une ambivalence profonde. Beaucoup de mots composés avec Shin renvoient au bon et au puissant – Shaddaï, Shabbat, Shalom, Ish/Isha, Moshe – mais la lettre peut aussi devenir critique dans des combinaisons liées au complot ou à la fausseté.

Ambivalence de Shin et pavé mosaïque intérieur

Albert Soued résume cette ambivalence du Shin : mouvement et stabilité, feu protecteur et feu destructeur, chuchotement et sifflement, intelligence et folie ; lettre du repentir, car présente dans shouv (retour). Graphiquement, le point sur la branche droite donne le chuintement « sh », tandis que le point sur la branche gauche donne le « s » de Sin, inversion sonore qui reflète symboliquement la bascule du bon vers le mauvais usage de la même énergie (Voir aussi Schibbolet). Le Shin de la carte du Mat dans le Tarot (21 chez Wirth) peut être mis en relation avec le thème du « fou » ou du « mort-vivant », évoquant le mythe du Juif errant, mais cette interprétation reste plus spéculative et relève davantage de l'ésotérisme comparé que de la Kabbale classique.

Le Shin est composé de trois Vav, la sixième lettre de l'alphabet, figurant le clou et serviteur de conjonction de coordination. On peut alors imaginer la Ménorah comme l'association d'un Sin, d'un Vav et d'un Shin, sorte de pavé mosaïque vertical symbolisant la dualité de la nature humaine, les trois colonnes de l'Arbre séphirotique pouvant être lues comme trois modalités d'un même feu. Dans cette perspective, la Ménorah redevient, non seulement un symbole de la présence divine, mais aussi le miroir de l'homme appelé à intégrer ses polarités – rigueur et miséricorde – autour d'un axe d'équilibre.

Colonnes séphirotiques et Ménorah

En replaçant la Ménorah sur l'Arbre des sefirot, on peut rapprocher :

  • La colonne de la Rigueur (assimilée ici à Sin) : Binah (Renseignement), Guevourah (Force), Hod (Gloire).

  • La colonne de l'Équilibre (assimilée au Vav) : Keter (Couronne), Tiferet (Beauté), Yesod (Fondement), Malkhout (Royaume).

  • La colonne de la Miséricorde (assimilée à Shin) : Hokhmah (Sagesse), Hessed (Clémence), Netsah (Victoire).

Daat, la Connaissance, reste une sefirah « problématique », non « stable », que certaines considèrent comme un simple état de conscience dépendant de Hokhmah et Binah, plutôt qu'une sefira à part entière ; on peut y voir la trace de la chute adamique qui distend la relation directe entre Keter et Tiferet. Étudier exclusivement l'Arbre séphirotique et son lien avec le cheminement maçonnique demanderait, à lui seul, plusieurs planches, mais il est au moins possible d'esquisser un focus sur les trois premières sefirot.

Keter, Hokhmah, Binah et Betsalel

Les trois sefirot supérieures sont : Keter, la Couronne ; Hokhmah, la Sagesse ; et Binah, l'Intelligence ou Discernement. Dans l'Exode, Betsalel, artisan du Tabernacle, est décrit ainsi : « Je l'ai rempli de l'Esprit de Dieu, de sagesse, d'intelligence et de savoir pour toutes sortes d'ouvrages » (Ex 31, 3), ce qui met en relation directe l'œuvre artisanale – dont la Ménorah – avec ces trois degrés de l'Esprit. La tradition kabbalistique voit en Betsalel celui qui « sait combiner les lettres » – c'est-à-dire actualiser dans la matière les archétypes divins – et la Ménorah devient alors l'archétype du travail où sagesse, intelligence et connaissance coopèrent.

Dans le rituel maçonnique, cette trinité supérieure trouve un écho dans la « triple puissance qui ordonne et gouverne le monde », représentée en loge par le Vénérable Maître et les deux Surveillants, symboliquement reliés au Chandelier à trois branches. Le dialogue rituel qui fait allusion à cette triple puissance renvoie ainsi, de manière voilée, à Keter, Hokhmah et Binah, transposées dans la dynamique de la loge comme triple autorité ordonnatrice.

Triple extinction 

La Ménorah ne laisse ici apparaître qu'un faible rayon de sa présence, sous la forme de la triple puissance Keter-Hokhmah-Binah, figurée par le Chandelier à trois branches. À la fin des travaux, le Vénérable Maître éteint ce chandelier non pas comme s'il a donné une accolade à un Frère, mais suivant l'ordre Binah, Hokhmah, Keter, remontant ainsi symboliquement de l'Intelligence à la Couronne. En disant « Mes Frères, lorsque, pour perfectionner votre travail, vous cherchez la Lumière qui vous est nécessaire… Souvenez-vous qu'elle se tient à l'Orient, et que c'est là seulement que vous pouvez la trouver », manière forte de rappeler que le Chandelier n'est que le reflet, dans le Temple, de la Ménorah vivante qui se tient à l'Orient du cœur.

A Lire aussi :

Pour approfondir cette exploration, ce texte dialogue avec trois autres articles dédiés à la symbolique du Shin, formant un ensemble cohérent dans la même quête. 

  Menu de cette Thématique


  • La lettre Hébraïque : Le SHIN                            

  • Tarot de Wirth : Le Fou et le Shin                      

  • Shibboleth : Du Test Biblique au Symbole Initiatique  

  • Le Shin enflammé du RER :  chandelier maçonnique ou Arbre de Vie kabbalistique ? 


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