Le tapis de Loge au grade de Maître : du tombeau au Temple intérieur

Introduction 


Le tapis de Loge de Maître au Rite Écossais Rectifié est bien plus qu’un simple décor : il est le véritable “corps doctrinal” du grade, concentrant en une seule image la mort du Maître, le deuil des Maçons et la promesse d’une renaissance intérieure.

1. Description rituelle du tapis de Maître

Le rituel du RER décrit avec précision le Tableau ou Tapis de la Loge de Maître.

Éléments principaux :

  • Forme : un carré long, bordé comme aux deux premiers grades.

  • Centre : un cercueil peint, accompagné de 81 larmes de couleur jaune ou or.

  • À l’Occident du cercueil (côté tête) :

    • une équerre,

    • une tête de mort sur deux os en sautoir.

  • À l’Orient (côté pieds) :

    • un compas ouvert en équerre, sommet tourné vers l’Orient,

    • une branche verte d’acacia.

  • Au milieu du cercueil : une lame d’or triangulaire portant les lettres J.A., initiales de l’ancien mot de Maître.

  • En bas, vers l’Occident : l’escalier du Temple, formé de sept marches divisées en trois, cinq et sept.

Autour du tapis, avant l’ouverture au troisième grade, sont disposés trois grands chandeliers, drapés de noir, portant chacun trois grosses bougies en triangle : neuf lumières entourent donc le cercueil.
Les jours de réception, on place par-dessus la figure du cercueil un matelas noir, recouvert d’un drap mortuaire noir bordé de blanc et traversé d’une croix blanche ; le candidat sera réellement étendu sur ce dispositif.

2. Le cercueil : tombeau de la “maîtrise universelle”

L’instruction morale éclaire directement le sens du cercueil : “Ce tombeau est l’emblème de la maîtrise universelle qui doit finir dans son tout comme dans ses parties et à laquelle un nouveau règne plus lumineux doit succéder.”
Le cercueil est donc bien plus que la tombe d’Hiram : il figure la fin de tout ordre purement terrestre, y compris de cette “maîtrise” que l’homme croit exercer sur le monde et sur lui-même.

Le candidat est placé à l’Occident, le dos tourné à l’Orient, avant d’être conduit vers ce tombeau.
L’instruction commente : c’est “l’image de l’homme qui voit venir son couchant sans s’interroger d’où il vient, ni où il va”.
Le passage sur le tapis et la chute dans le cercueil signifient que cette attitude doit mourir : le Maître ne peut naître qu’au prix de la mort de l’homme ancien, livré aux passions que le rituel rattache à l’assassinat d’Hiram (Envie, Avarice, Orgueil).

Lorsque le Vénérable relève le candidat en proclamant “Il recevra la vie dans le sein de la mort !”, il inscrit dans le tapis lui-même l’idée d’une nouvelle naissance : la vie véritable surgit du consentement à cette mort symbolique.

3. Les 81 larmes : deuil des Maîtres et plénitude du neuf

Le rituel lui-même interprète les larmes : “Les larmes désignent le deuil général des Maîtres, leur nombre exprime les propriétés particulières du nombre neuf qui se retrouve dans son carré.”

Deux niveaux se superposent :

  • Niveau affectif : les Maîtres sont en deuil de leur conducteur Hiram, de la Parole du Maître qui “leur a été enlevée” et sans laquelle “il ne peut plus y avoir d’harmonie dans nos travaux”.

  • Niveau numérique : 81 = 9 × 9, c’est le neuf porté à sa plénitude. Dans tout le grade, le neuf marque d’ailleurs la culmination :

    • neuf Maîtres envoyés à la recherche d’Hiram ;

    • neuf lumières autour du tapis ;

    • batterie de Maître par trois fois trois coups ;

    • mausolée occidental porté par neuf boules.

Le Mausolée, justement, enfonce le clou avec ses inscriptions : “Ternario formatus, novenario dissolvitur” et “Deponens aliena, ascendit unus”, que l’instruction rapporte à “l’immortalité de l’âme, aux principes élémentaires et à la dissolution de la matière”.
Autrement dit : ce qui a été formé dans un ordre triple se dissout au terme du cycle (neuf), la matière se défait, l’âme dépose ce qui lui est étranger et peut s’élever.

Les 81 larmes inscrivent cette doctrine dans l’espace de la Loge :

  • Le deuil est total, le nombre de la fin de cycle est saturé autour du cercueil.

  • Quand tout l’ordre ancien a pleuré jusqu’à son terme, la possibilité d’une renaissance s’ouvre.

4. Équerre, compas, crâne, acacia et lame d’or J.A.

Chaque élément autour du cercueil porte sa part de doctrine.

  1. À l’Occident : équerre et crâne

  • L’équerre renvoie à la justice humaine et à la rectitude morale, acquise aux premiers grades.

  • La tête de mort sur deux os rappelle “la fin de l’homme” que le Second Surveillant met sous les yeux du candidat pendant ses voyages.
    L’Occident concentre ainsi le registre de la loi, de la conscience de la mort et du jugement.

  1. À l’Orient : compas et acacia

  • Le compas ouvert en équerre, sommet vers l’Orient, évoque la sagesse qui embrasse et mesure selon le plan divin.

  • La branche d’acacia, plantée sur le lieu où a été retrouvé le corps du Maître, représente à la fois le signe de reconnaissance du tombeau et la fidélité incorruptible (l’acacia reste vert).
    L’Orient est le lieu de la promesse : reconnaissance du Maître, espérance de la Parole retrouvée.

  1. Au centre : lame triangulaire J.A.

  • La lame d’or triangulaire, avec les lettres J.A., rappelle l’ancien mot de Maître, que les neuf se transmettent “à l’oreille” et que l’on a renoncé à prononcer dans son intégralité après la mort d’Hiram.

  • Le triangle renvoie à l’ordre divin et à la perfection, mais ici la Parole est réduite à des initiales : elle est comme enfouie dans le cercueil.

L’instruction suggère : “Peut-être nous aideront-elles, un jour, à retrouver la parole perdue.”
Ainsi, le tapis montre le dépôt enfoui au cœur même de la mort : la Parole n’est pas détruite, elle est cachée.

  1. En bas : l’escalier 3–5–7

  • L’escalier rappelle les trois âges : “Il faut trois ans pour faire un Apprenti, cinq pour un Compagnon et sept pour un Maître.”

  • L’instruction met en garde : après avoir acquis cet âge, il ne faut pas “redescendre” ni “altérer le nombre de perfection” que représente le sept.
    Le tapis inscrit donc dans la pierre le chemin déjà parcouru et le risque permanent de rechute.

5. Le tapis qui devient cercueil… et redevient plan de travail

Le RER donne au tapis une fonction dynamique : il se transforme au fil de la cérémonie.

  1. Avant et pendant la réception

  • Le tapis est d’abord un tableau : cercueil peint, 81 larmes, crâne, acacia, etc.

  • Puis il devient support du drame : on recouvre la figure du cercueil d’un matelas noir, on y étend un Maître figurant Hiram, puis le récipiendaire lui-même, recouvert du linge ensanglanté et du drap mortuaire.

  • Les neuf Maîtres se rangent autour, les lumières sont voilées, la Loge plonge dans l’obscurité et la batterie de deuil retentit.

Le tapis n’est plus seulement une image : il est devenu cercueil réel, théâtre d’une mort mystique.

  1. Après le relèvement

  • Une fois le candidat relevé par la prise de Maître et le mot MAK-BENAK, les lumières sont progressivement rétablies, les cylindres retirés, et la Loge retrouve l’illumination d’avant la cérémonie.

  • Le Vénérable proclame que celui qui était “semblable aux morts” a reçu “une nouvelle vie”.

  • Le nouveau Maître est alors conduit vers la Planche à tracer “qui est dessinée sur le Tapis”, pour y frapper la batterie du grade et commencer son travail de conception.

Le même tapis, qui était tombeau, redevient dès lors aire de travail : sur ce lieu même où s’est jouée la mort du Maître, le Maçon reçoit la mission d’élaborer les plans de l’ouvrage.

6. Sens spirituel : mourir à l’ancien ordre pour tracer un plan nouveau

L’ensemble de cette symbolique converge vers une leçon spirituelle forte, que l’instruction résume ainsi :

  • “Naître, mourir et renaître pour l’Éternité où sera le vrai Orient, c’est là notre sort actuel et notre destination.”

  • L’homme livré au vice est “comme mort dans la société” ; il faut des “secousses” pour le tirer de son tombeau.

  • Mais avec “du courage, de la bonne volonté et le secours de bons conseils”, il peut “acquérir une nouvelle vie”.

Le tapis de Maître, avec son cercueil et ses 81 larmes, montre que :

  • Le Grade n’est pas l’apothéose d’une maîtrise humaine, mais le constat de la ruine de cette maîtrise.

  • Le véritable Maître est celui qui accepte de mourir à l’ordre ancien (passions, illusions de pouvoir, confiance en soi) pour être relevé dans une vie nouvelle, orientée vers la Parole perdue.

  • C’est seulement après ce passage par la mort que le Maçon est autorisé à travailler sur la Planche à tracer : non plus pour édifier un temple de pierre, mais pour participer, à son niveau, à la restauration de l’ordre voulu par le Grand Architecte de l’Univers.

Le tapis de Loge, au grade de Maître, est ainsi le miroir de cette vocation : un espace où la mort est affrontée, pleurée et dépassée, pour que l’initié apprenne à tracer, au cœur même du tombeau, les plans d’un Temple intérieur enfin tourné vers le vrai Orient.

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