Sodome et Gomorrhe :
le péché du refus de charité
Dans la tradition kabbalistique et talmudique, la destruction de Sodome et Gomorrhe par le feu et le soufre (Genèse 19) n'est pas principalement due à des mœurs dissolues, mais au manque radical de tsedakah – charité et justice sociale –, incarné par une in hospitalité cruelle et un égoïsme collectif. Ézéchiel 16:49 le résumé : « Voici quel était le crime de Sodome, ta sœur : l'orgueil, l'insouciance et l'abondance du pain et des viandes délicates ; et elle ne soutenait pas le malheureux et l'indigent ». Cette interprétation, reprise dans le Zohar et les midrashim, oppose Sodome à Abraham, figure du hessed (bonté) généreux.
L'histoire biblique et ses détails
L'histoire commence quand Lot, neveu d'Abraham, s'installe à Sodome malgré la méchanceté connue de ses habitants (Genèse 13 : 13). La ville, fertile au confluent du Jourdain – un jardin d'Éden avec sol riche en minéraux et or –, est ravagée par les armées de Kedorlaomer ; Abraham libère Lot (Genèse 14). Abraham intercède ensuite auprès de Dieu pour sauver la ville si dix justes s'y trouver (Genèse 18), mais en vain. Deux anges, déguisés en voyageurs, arrivent ; seul Lot les accueille, provoquant la fureur de la foule qui exige de les livrer pour les violer (Genèse 19 : 5). Les anges sauvent Lot et ses filles avant la destruction.
Le Talmud (Sanhédrin 109a-b) enrichit ce récit de légendes : les Sodomites donnaient une pièce marquée à un mendiant, refusant de lui vendre du pain ; après sa mort, ils récupéraient l'argent. Aider un pauvre ou héberger un étranger était puni de mort par le feu. Ils imposaient des pénalités exorbitantes sur un pont pour décourager les voyageurs, affirmant : « Notre terre produit pain et or ; pourquoi laisser des étrangers épuiser nos richesses ? ».
Interprétation talmudique et midrashique
La Mishna (Avot 5:10) définit le trait sodomite : « Le mien est à moi, le tien est à toi » – une équité froide refusant tout don ou réception, racine du mal selon les sages. Contrairement aux voleurs du Déluge, les Sodomites respectaient la propriété privée mais la verrouillaient : pas de commerce, pas d'hospitalité, isolement total. Le Talmud explique leur origine : prospérité auto-suffisante conduisant à la cruauté envers les marchands, pauvres et transitants.
Dimension kabbalistique
Le Zohar lie Sodome à un déséquilibre cosmique : excès de din (rigueur) sans hessed , bloquant le flux de tsedakah de Yesod vers Malkhout . Isaac Luria (Ari) y voit un retour au tohu primordial – monde d'absolus isolés (bienveillance pure, justice pure) qui implosèrent. Sodome incarne ce chaos : âmes du tohu refusant l'interdépendance divine, où chaque région a besoin des autres pour le tikkoun (réparation). Dieu a créé un monde interdépendant, via le commerce et la générosité, opposé à l'isolement sodomite. Le Rabbin de Lubavitch précise : les Sodomites, issues du tohu , rejetaient toute reliance, contredisant la sagesse créatrice d'« agoudah » (union collaborative).
Leçon pour aujourd'hui
Cette tradition, accessible sur Sefaria.org (Sanhedrin 109a, Zohar sur Vayera), relève de la charité et de la survie spirituelle : l'absence de besoin mutuel engendre la ruine. Dans un contexte maçonnique hébraïque, elle évoque la Justice ( tsedek ) rectificatrice, pilier du Rite Écossais Rectifié, restaurant l'harmonie brisée.
