Le Rite Ecossais Rectifié
Le Rite Écossais Rectifié naît dans le sillage de la Stricte Observance Templière au XVIIIᵉ siècle, est « rectifié » par Willermoz à Lyon, s’éteint presque au XIXᵉ siècle, puis renaît au XXᵉ pour devenir aujourd’hui un des grands rites maçonniques pratiqués en Europe.

De la Stricte Observance à la Réforme de Lyon
Au milieu du XVIIIᵉ siècle, la Stricte Observance Templière, fondée vers 1751 en Allemagne par le baron von Hund, se présente comme une maçonnerie se réclamant directement héritière de l’Ordre du Temple et projetant sa « restauration ». Son système, très hiérarchisé et chevaleresque, connaît un rapide rayonnement en Europe centrale avant de gagner la Suisse et la France, où des frères comme Jean‑Baptiste Willermoz et Jean de Turckheim s’y engagent activement.
Les enquêtes ordonnées après la mort de von Hund révèlent toutefois l’absence de fondements historiques solides à la prétendue filiation templière, tandis que le système se fragilise sous l’effet de querelles internes et de l’invasion d’« aventuriers de l’occulte ». Constatant que la Stricte Observance s’est vidée de substance spirituelle, les maçons français jugent nécessaire une profonde « rectification » pour sauver l’essentiel de l’héritage chevaleresque en l’orientant vers une voie intérieure authentique.
Le Convent des Gaules et le Convent de Wilhelmsbad
En 1778, le Convent des Gaules réuni à Lyon opère la grande « Réforme de Lyon » : la Stricte Observance y est transformée en un nouveau système, le Régime Écossais Rectifié, conçu et voulu par Jean‑Baptiste Willermoz. Cette réforme recompose l’édifice maçonnique en quatre grades symboliques (Apprenti, Compagnon, Maître, Maître Écossais de Saint‑André) et deux classes chevaleresques (Écuyer Novice, Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte), en intégrant la doctrine de la réintégration issue de Martinès de Pasqually.
Le Convent général de Wilhelmsbad (1782) entérine l’essentiel de cette réforme à l’échelle européenne : la filiation templière littérale est officiellement abandonnée au profit d’une « chevalerie de l’esprit », tandis que la structure du Régime Écossais Rectifié est confirmée comme voie maçonnique chrétienne et chevaleresque. Les classes secrètes de Profès et de Grands Profès, à contenu mystique très élaboré, restent cependant propres au système willermozien et ne sont pas adoptées partout.
Révolution, XIXᵉ siècle et extinction provisoire
La Révolution française bouleverse profondément la vie maçonnique : nombre de loges se taisent ou disparaissent, et le Régime Écossais Rectifié, étroitement lié à un univers monarchique et chrétien, est particulièrement fragilisé. Au XIXᵉ siècle, d’autres rites (Rite Français, Rite Écossais Ancien et Accepté) prennent le dessus dans les grandes obédiences françaises, reléguant le Régime Rectifié à une quasi‑éclipse dans son pays d’origine.
En Suisse en revanche, le Grand Prieuré d’Helvétie maintient la tradition rectifiée et conserve les textes rituels et l’organisation chevaleresque, devenant au fil du temps le grand dépositaire vivant du Régime Écossais Rectifié. Cette continuité helvétique jouera un rôle décisif pour le réveil du Rite au XXᵉ siècle.
Réveil au XXᵉ siècle et renouveau contemporain
Au début du XXᵉ siècle, le Grand Prieuré d’Helvétie transmet à Camille Savoire et Édouard de Ribaucourt les éléments rituels nécessaires pour réintroduire le Régime Écossais Rectifié en France. Sur cette base, diverses structures se mettent en place, dont le Grand Directoire des Gaules en 1935, qui marque un point d’orgue dans le réveil complet du Régime après plus d’un siècle de quasi‑silence.
Depuis, le Rite Écossais Rectifié s’est développé au sein de plusieurs obédiences et grands prieurés nationaux, en France comme en Europe, parfois avec des adaptations de détail (langage, mixité) mais en conservant l’ossature et le vocabulaire d’origine du XVIIIᵉ siècle. Aujourd’hui, il se caractérise par une grande cohérence doctrinale, une forte identité chrétienne et chevaleresque, et une fidélité singulière à la symbolique biblique du Temple et de la réintégration de l’homme, ce qui en fait un terrain privilégié pour le dialogue avec la tradition hébraïque