Le Rite Écossais Rectifié et la Kabbale : une fusion ésotérique chrétienne

Le Rite Écossais Rectifié (RER), né au Convent de Wilhelmsbad en 1782 sous l'impulsion de Jean-Baptiste Willermoz, intègre des éléments kabbalistiques via la doctrine martinésienne de Martinez de Pasqually, transformant la maçonnerie templière en voie initiatique de réintégration spirituelle. Cette synthèse judéo-chrétienne, centrale sur le Prologue de Jean (Jn 1:1-18) ouverte sur l'autel du Vénérable Maître, évoque la Lumière primordiale du Verbe (Logos/Memra) comme restauration de l'état édénique perdu.
Origines kabbalistiques du RER
Martinez de Pasqually, fondateur des Élus Coëns (1754), puisa dans la Kabbale juive (Zohar, littérature luriantique) et chrétienne pour son Traité de la Réintégration des Êtres (1779), adopté par Willermoz dans les Leçons de Lyon et les rituels RER. Willermoz épura la théurgie coënne mais conserva l'ésotérisme : émanation divine en cercles concentriques (immensité surcéleste/céleste/terrestre), chute des esprits prévariateurs dans la matière, et réintégration par vertu christique, miroir des Séphiroth et de l'Adam Kadmon kabbalistiques.
Concepts kabbalistiques dans la doctrine martinésienne
La cosmogonie de Pasqually reprend l'émanation de l'Ayin Soph (Infini divin), structurée en puissances dénaires (10 esprits supérieurs) et loi ternaire (eau/terre/feu ; soufre/sel/mercure ; Pensée/Volonté/Action), évoquant les triades séphirotiques sans permutatio linguistique du Sefer Yetzirah . Le Verbe créateur repose au Memra hébraïque et à la Shekinah, force divine transcendant la matière privative issue de la prévarication luciférienne, pour une théurgie angélique visant la reconquête des qualités primitives.
Rôle rituel du Prologue de Jean
Dans le RER, l'Évangile ouvert au Prologue (Jn 1:1-14), tourné vers les Frères sur l'autel, symbolise la "Vraie Lumière" perdue à la chute et restaurée par l'Initiation : du grade d'Apprenti (réception de la Lumière) aux chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, dépendant Logos johannique à la Sagesse d'En-Haut (Chokmah) et à la Justice (Tsedekah). Cette pratique distingue le RER des rites bibliques généraux, unissant Kabbale primordiale et évangélique pour une quête gnostique : devenir enfant de Dieu par imitation du Christ-Réparateur.
Synthèse et héritage
Le RER traduit la Kabbale en maçonnerie chrétienne pré-nicéenne : macrocosme émanatif et microcosme humain s'unissent via des vertus (charité, confiance), libérés des dogmes pour un humanisme spirituel actif. Sans influence directe du Sefer Yetzirah , cette filiation ésotérique judéo-chrétienne (gnosticisme originel, Renaissance kabbalistique) confère au rite son aura unique, croisant tradition hébraïque et Salut templier.