Le Pavé Mosaïque du Rite Écossais Rectifié
Héritage Opératif et Symbolique
À l'origine, les maçons opératifs traçaient le « tapis de loge » directement sur le sol en sable ou terre, effaçant les dessins à la clôture des travaux pour en réserver la connaissance aux initiés ; ce quadrillage mosaïque facilitait les échelles de plans.
Adopté dans la maçonnerie spéculative écossaise et anglaise au XVIIIᵉ siècle, il devient symbole de dualité (lumière/ténèbres, vie/mort), inspiré de la Genèse et du vestibule du Temple de Salomon (Ulam).
Échos de la Tradition Hébraïque et Kabbalistique

Le pavé mosaïque du Rite Écossais Rectifié (RER), souvent circulaire et composé de losanges alternant noir et blanc, incarne la dualité du monde créé comme champ d'épreuves initiatiques. Cette figure, couvrant l'entrée du Temple entre les deux colonnes, invite à une lecture hébraïque et kabbalistique où les contraires ne s'opposent qu'en surface, mais se résolvent par un axe médian unificateur.
Dualité et Manifestation Biblique
La Genèse (1:3-4) structure le pavé mosaïque comme image de la création par séparation : lumière et ténèbres émergentes du chaos, formant une alternance vitale sans laquelle rien ne se distingue. Dans le RER, noir et blanc ne combattent pas mais s'interpénètrent, évoquant l'équilibre biblique où les ténèbres complètes ou la lumière absolue rendraient le monde habitable.
- Blanc comme principe de vie, lumière cosmique (descendante de Shekhinah).
- Noir comme réceptacle tellurique, principe de mort et de forme.
Cette bipolarité rappelle le sceau de Salomon (deux triangles croisés), où feu (macrocosme) et eau (microcosme) s'unissent en harmonie, préfigurant la complémentarité au-delà de l'opposition.
Le Chemin du Milieu et l'Arbre Séphirotique
La ligne médiane traverse le pavé, l'autel des trois Lumières et le Temple, analogique au pilier central de l'Arbre de Vie : Miséricorde (droite, blanc) et Rigueur (gauche, noir) s'équilibrent par Daʿat (Connaissance), qui unité sans être séphira autonome. Le cercle du pavé rectifié figure cette totalité unifiante, contenant la multiplicité comme les dix séphirot émanent d'Ain Soph.
- Parvis circulaire : entrée des « souterrains de la dualité » (VITRIOL implicite), chemin de rectification vers l'Un.
- Losanges vs carrés : mouvement dynamique, comme les forces séphirotiques en tension créatrice.
Réintégration Martinésienne et Hébraïsme
Influencé par Martinez de Pasqually, le RER voit dans le pavé un ordo ab chao ternaire : dualité (noir/blanc) harmonisée par la Beauté centrale, écho au tétragramme YHWH où iod-hé-vav-hé articule les opposés. Le pavé comme sol du Temple de Salomon (1 Rois 6) devient parvis sacré, où l'initié marche vers la réintégration, rectifiant les « tréfonds humains » par la voie médiane.
Tableau des Correspondances
| Symbole RER | Écho Hébraïque/Kabbalistique |
|---|---|
| Alternés Noir/Blanc | Lumière/Ténèbres (Genèse 1:4) ; Chesed/Gevoura. |
| Cercle englobant | Ain Soph contenant les séphirot ; Unité au-delà du multiple. |
| Ligne du milieu | Pilier central (Daʿat-Tiferet) ; Chemin de Tikkoun. |
| Parvis entre colonnes | Jakin/Boaz comme piliers de l'Arbre ; Entrée du Temple intérieur. |
Le pavé mosaïque rectifié transforme ainsi la dualité en voie d'élévation : l'initié, foulant ce sol, actualise la dialectique biblique et séphirotique pour une harmonie trinitaire, où la Beauté divine réconcilie les contraires.