Pater Noster
- "Notre Père qui es aux cieux" : Une Filiation Collective et Covenantale
- "Que ton Nom soit sanctifié" : Kiddush Hashem sans Profanation
- "Que ton règne vienne" : Appel à la Réintégration de la Shekinah Exilée
- "que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel"
- "Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien" : La Manne de la Providence et Lechem Hapanim
- "Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi"
- "Ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal"
- La Doxologie Finale : "Car c'est à toi qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire"
- "Amen"
- Synthèse : Marie-Shekinah et Réintégration RER-Kabbalah
Le Pater Noster, ou Notre Père, occupe une place centrale dans la tradition chrétienne en tant que prière enseignée directement par Jésus à ses disciples, telle qu'elle est rapportée dans l'Évangile de Matthieu (6:9-13) et de Luc (11:2-4). Mais au-delà de son usage liturgique quotidien, cette oraison se révèle être un condensé mystique d'une profondeur extraordinaire, tissant des liens étroits avec les prières juives anciennes comme le Kaddish ou Avinu Malkeinu, les structures séphirotiques de la Kabbalah, et même les principes de réintégration spirituelle du Rite Écossais Rectifié (RER), tel que conçu par Jean-Baptiste Willermoz sur des bases martinésiennes. Née dans le contexte juif du Ier siècle, au pied du Mont des Oliviers à Jérusalem, elle n'est pas une invention ex nihilo, mais une épuration et une intensification de la piété synagogale, centrée sur la sanctification du Nom divin, l'avènement du Règne, et la rectification intérieure de l'homme. Sa forme canonique, fixée dans la Vulgate de saint Jérôme au IVe siècle, compte sept pétitions principales, souvent regroupées en trois adressées à la gloire du Père, trois concernant les besoins humains, et une finale eschatologique, le tout couronné par une doxologie optionnelle : "Car c'est à toi qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire aux siècles des siècles. Amen." Prononcée dans la tradition ecclésiastique latine – avec ses voyelles ouvertes, son "ch" comme un doux "tché" et son rythme fluide adapté au chant grégorien –, elle résonne comme un écho vivant des aspirations millénaires de l'humanité vers l'unité divine.
Pour appréhender pleinement sa richesse, explorons-la pétition par pétition, en soulignant ses racines bibliques et juives, ses interprétations kabbalistiques, et ses parallèles avec le RER, rite maçonnique chrétien qui vise la réintégration des êtres dans leurs "premières propriétés, vertus et puissances spirituelles", selon l'expression de Martines de Pasqually.
"Notre Père qui es aux cieux" : Une Filiation Collective et Covenantale
La prière s'ouvre par une invocation intime et audacieuse : "Pater noster qui es in caelis". Appeler Dieu "Père" n'implique pas une filiation biologique ontologique, mais une relation covenantale profonde, où l'humanité – et particulièrement Israël – se reconnaît comme "fils premier-né" (Exode 4:22) ou enfants adoptifs de celui qui les a formés (Deutéronome 14:1 ; Osée 11:1). Cette paternité est collective, communautaire : le "notre" exclut toute appropriation individuelle et évoque la supplication d'Avinu Malkeinu ("Notre Père, notre Roi"), prière juive de Yom Kippour où Israël implore un Père miséricordieux et un Roi souverain. Dans la Bible hébraïque, Dieu est Père une quinzaine de fois (Isaïe 63:16 ; Malachie 2:10), image d'un amour éducatif qui guide son peuple hors d'Égypte vers la Terre Promise.
Cette filiation atteint son sommet christique avec Jésus, Fils avéré qui enseigne cette prière comme un "plan divin" transmis à l'humanité, parallèle aux instructions précises données à Moïse pour l'arche d'alliance (Exode 25), le tabernacle (Exode 25-31, 35-40) et le Temple de Salomon. En nous invitant à dire "Père notre", Jésus se positionne comme Frère aîné (Hébreux 2:11-17 ; Matthieu 12:50), modèle de rectitude pour une fraternité spirituelle non charnelle. Dans le RER, cette invocation résonne avec l'idée de réintégration des fils déchus : l'homme, créé à l'image divine (Genèse 1:27), est appelé à refléter le Père par la bienfaisance chevaleresque, évitant ainsi la réduction à une simple "créature" ou un golem inanimé.
"Que ton Nom soit sanctifié" : Kiddush Hashem sans Profanation
La première pétition, "sanctificetur nomen tuum", est un appel à la Kiddush Hashem, la sanctification publique du Nom divin (Lévitique 22:32). Elle reprend verbatim le Kaddish araméen : "Yitgadal v'yitkadach shmeh rabba" ("Magnifié et sanctifié soit son grand Nom"), prière eschatologique qui glorifie YHVH sans jamais le prononcer, par respect absolu pour sa sainteté (Exode 20:7). Depuis l'exil babylonien, le Tétragramme יהוה reste imprononçable dans la liturgie juive : on substitue Adonaï (Seigneur) lors de la lecture de la Torah ou HaShem (le Nom) dans le discours profane, évitant ainsi le hilloul hashem (profanation). Cette réserve n'est pas un tabou superstitieux, mais une discipline éthique : le Nom, véhicule des Séphirot supérieures (Keter, couronne divine), ne se cite pas "pour tout et n'importe quoi", mais s'honore par des actes de justice et de sainteté (Baba Metsia 59b).
Dans la Kabbalah du Zohar, sanctifier le Nom active l'influx lumineux depuis l'Ein Sof (l'Infini) vers Malkhut (le Royaume), reliant le transcendante à l'immanent. Le Pater hérite cette urgence communautaire : en minyan (assemblée de dix), comme au Temple intérieur maçonnique du RER, la sanctification collective rectifie l'espace profane, préparant l'avènement du Règne.
"Que ton règne vienne" : Appel à la Réintégration de la Shekinah Exilée
"Adveniat regnum tuum" supplie l'établissement du Royaume divin sur terre, écho direct à l'Aleinu ("Il nous incombe d'exalter le Très-Haut") et au Kaddish : "Qu'il établisse son règne dans notre vie et pour toujours". C'est un cri messianique pour le retour de la Shekinah, Présence divine féminine (Malkhut) exilée depuis la faute adamique et la destruction du Temple (70 ap. J.-C.). Le Zohar la dépeint comme une "veuve" ou Matrone séparée du Roi (Tiféret), errant dans les klippot (coquilles impures) loin de l'Ein Sof. Cette pétition est un Tikkun Olam (réparation du monde) : prier pour le règne rouvre les canaux divins, libérant les étincelles captives pour l'union cosmique (yihud).
"que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel"
Parallèlement à "que ta volonté soit faite sur la terre comme au ciel" (fiat voluntas tua sicut in caelo et in terra), elle évoque la maxime hermétique de la Table d'Émeraude : "Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut". Dans le RER, cet avènement rectifie l'homme chevaleresque, bienfaisant, appelant la Shekinah intérieure à s'unir au Père, préfigurant le Royaume messianique.
"Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien" : La Manne de la Providence et Lechem Hapanim
La cinquième pétition, "panem nostrum quotidianum da nobis hodie", renvoie explicitement à la manne de l'Exode (16:4-35) : pain céleste tombant chaque matin ("hodie"), à ramasser sans thésauriser, test de confiance en la providence (Deutéronome 8:3). Le terme grec epiousios (supersubstantiel) élève le besoin physique à spirituel, préfigurant l'eucharistie ou la Torah comme "pain de vie".
Dans la liturgie juive, elle évoque le Lechem Hapanim (pain des Faces, Lévitique 24:5-9) : douze miches sabbatiques sur la table du tabernacle, miracles de fraîcheur hebdomadaire symbolisant les douze tribus et l'alliance éternelle avec les kohanim. Le Zohar y voit Hokhmah (Sagesse première) ou Yesod nourrissant Malkhut/Shekinah, influx vitalisant l'exil vers la Géoula. L'insertion mystique d'un Shin (ש, feu de l'Esprit, Sefer Yetzirah) dans YHVH pour former YHSVH anime ce pain comme Ruach descendant, reliant traditions kabbalistiques au pain eucharistique chrétien et à la bienfaisance quotidienne du RER.
"Pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons aussi"
Cette pétition conditionnelle – "dimtte nobis debita nostra sicut et nos dimittimus debitoribus nostris" – impose un préalable radical : notre pardon humain active celui de Dieu. Elle puise dans Yom Kippour, où les offenses "bein adam le'havero" (entre hommes) bloquent l'expiation divine sans réconciliation préalable (Mishna Yoma 8:9 ; Talmud Yoma 87a). Les Dix Jours de Techouva exigent regret, résolution et réparation auprès de la victime (trois visites si refus). Le Viddouï transforme accusateurs en défenseurs, réalisant une réciprocité éthique (Maïmonide, Hil'hot Teshouva 2:9).
Kabbalistiquement, ce pardon libère étincelles des klippot, équilibrant Chesed (miséricorde) et Guevourah (rigueur). Au RER, il préfigure la bienfaisance chevaleresque comme voie de rectification, où le frère pardonne pour mériter la grâce paternelle.
"Ne nous soumets pas à la tentation, mais délivre-nous du mal"
La sixième et septième pétitions forment un diptyque eschatologique : "Et ne nos inducas in tentationem ; sed libera nos a malo". Le grec peirasmos désigne l'épreuve (nissayon hébraïque : Gn 22 Abraham ; Dt 8:2 désert), test divin d'élévation non de chute (Jacques 1:13). La traduction française de 1966 ("ne nous soumets pas") isolait, suggérant Dieu tentateur ; celle de 2017 ("ne nous laisse pas entrer en tentation") unifie avec "délivre-nous du mal" (ponēros : Satan/péché accompli), demandant force pour résister (1 Corinthiens 10:13).
Dans le judaïsme, l'Amidah supplie délivrance du yetzer hara (inclination mauvaise) ; la Kabbalah voit l'épreuve comme klippot purifiés par Shin-feu. Le RER y discerne la rectitude intérieure chevaleresque, préalable à la délivrance finale.
La Doxologie Finale : "Car c'est à toi qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire"
La doxologie, absente des Évangiles canoniques mais intégrée dès le IIe siècle dans la didakhè et les liturgies orientales, boucle magistralement la prière : "Quia tuum est regnum, et potentia, et gloria in saecula. Amen" ("Car c'est à toi qu'appartiennent le règne, la puissance et la gloire pour les siècles des siècles"). Inspirée du Kaddish final et du Psaume 145 ("Ton règne est un règne éternel"), elle proclame les trois propriétés essentielles du Père : le regnum (royauté souveraine), la potentia (puissance créatrice) et la gloria (gloire rayonnante). Cette triade résonne profondément avec les trois colonnes de l'Arbre séphirotique – Sévérité (Guevourah), Miséricorde (Hesed) et Équilibre (Tiféret) –, ainsi qu'avec les trois piliers maçonniques du RER : bienfaisance fraternelle, unité spirituelle et transcendance divine.
Liturgiquement optionnelle dans la messe romaine mais constitutive des rites byzantins et coptes, elle transforme la supplication en hymne victorieux, affirmant l'accomplissement eschatologique du Royaume déjà présent dans la rectitude intérieure. Kabbalistiquement, elle scelle le yihud cosmique : règne descendant (Malkhut), puissance dynamisant (Yesod), gloire illuminant (Keter). Dans l'esprit martinésien du RER, cette doxologie consacre le chevalier écossais comme coopérateur de la réintégration divine, où la gloire paternelle se reflète dans l'homme rectifié, unissant doxologique et praxis bienfaisante dans une louange éternelle.
"Amen"
La clôture du Pater Noster par Amen (אָמֵן), mot hébraïque signifiant "Vérité", "Ainsi soit-il" ou "Je m'appuie fidèlement dessus" (racine אמן : solidité, crédibilité), agit comme un sceau vibrant d'assentiment communautaire et de confirmation eschatologique. Issu de la liturgie juive où il répond au Kaddish, à la Shema ou aux bénédictions en assemblée (minyan), il affirme l'adhésion collective à la prière récitée, surpassant même son mérite selon le Talmud (Berakhot 51b). Dans le contexte du Pater, cet Amen transcende la simple approbation pour sceller le yihud kabbalistique – l'union mystique des Séphirot – et la réintégration martinésienne : il engage le chevalier RER dans un serment de rectitude bienfaisante, prolongeant la doxologie triomphante ("règne, puissance, gloire") vers l'éternité, comme un écho fidèle au Roi Père dont la fidélité (emunah) soutient l'homme rectifié dans sa quête cosmique de réparation.
Synthèse : Marie-Shekinah et Réintégration RER-Kabbalah
La Kabbale chrétienne (Pic de la Mirandole, Postel) fusionne Shekinah (Présence exilée, Malkhut) et Marie (Theotokos, fiat Lc 1:38), Arche portant le Verbe comme tabernacle (Exode 40:35). Le Pater, plan verbal divin, rectifie l'homme-fils : sanctifie le Père, descend règne/pain/Shekinah, pardonne et protège via fraternité bienfaisante. Ainsi, cette prière n'est pas requête passive, mais acte de Tikkun maçonnique : elle appelle l'humanité à co-opérer à la réparation cosmique, unissant synagogue, Kabbale et loge dans l'esprit le plus pur du christianisme rectifié.

