Logion 42 de l'Évangile selon Thomas : Devenez passants
- Le texte du logion 42
- Le plus court, le plus énigmatique
- Que signifie être passant ?
- Le grade d'Écuyer Novice : de la Maçonnerie à l'Ordre
- La Chambre du Milieu : le lieu du passage
- « Nous ne cherchons rien dans les débris de l'Ordre du Temple »
- La bienfaisance active : la mission du passant
- « Devenez passants » : l'accomplissement du parcours rectifié
- La liberté du passant
- « Que la prudence et l'attention dirigent tous nos pas »
- Conclusion : le dernier passage
Grades du Rite Écossais Rectifié : Écuyer Novice et Chevalier de l'Ordre des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte
Thème spirituel : De la contemplation à l'action, du Temple au monde
Le texte du logion 42
« Jésus a dit : Devenez passants. »
Le plus court, le plus énigmatique
Le logion 42 est le plus bref de tout l'Évangile selon Thomas. Deux mots seulement en français, trois en copte. Cette brièveté extrême n'est pas un appauvrissement, mais une concentration maximale du sens. Comme un diamant taillé à l'essentiel, ce logion contient une instruction spirituelle décisive.
« Devenez passants. » Ni explication, ni développement, ni exemple. Juste un impératif : devenez. Et un substantif : passants. Le logion ne dit pas pourquoi il faut devenir passants, ni comment le devenir, ni vers où passer. Il ordonne simplement : devenez passants.
Cette absence d'explication est volontaire. Le logion s'adresse à celui qui a déjà parcouru le chemin, qui a cherché, qui s'est connu, qui a traversé la mort symbolique, qui se tient dans la lumière. À celui-là, il suffit de dire : maintenant, deviens passant.
Que signifie être passant ?
Ne pas s'installer
Être passant, c'est d'abord ne pas s'installer. Le passant ne bâtit pas de maison, ne prend pas racine, ne s'établit pas définitivement. Il est de passage, toujours en mouvement, toujours en chemin.
Cette mobilité n'est pas instabilité ou fuite. C'est une liberté acquise, une capacité à ne pas se laisser enfermer, à ne pas se fixer dans une forme, une identité, une possession. Le passant a compris que tout passe (logion 11), et il vit en conformité avec cette vérité.
Dans le contexte spirituel, être passant signifie ne pas s'attacher aux étapes du chemin, ne pas thésauriser les connaissances reçues, ne pas faire de l'initiation un bien personnel à conserver jalousement. Le passant traverse les grades, les temples, les connaissances, sans s'y arrêter définitivement.
Traverser pour porter ailleurs
Le passant n'est pas seulement celui qui ne s'installe pas : c'est celui qui traverse pour porter ailleurs. Il passe par un lieu pour aller vers un autre. Il reçoit ici pour transmettre là-bas.
Cette dynamique de passage est celle de la transmission, du service, de la mission. Le passant ne garde pas pour lui ce qu'il a reçu : il le porte à ceux qui en ont besoin. Il devient un pont, un médiateur, un lien entre la source de lumière et ceux qui sont encore dans l'obscurité.
L'image du passant évoque aussi celle du voyageur, du pèlerin, du messager. Tous ces figures ont en commun de ne pas appartenir au lieu où ils se trouvent, mais d'être envoyés vers un but qui les dépasse.
Devenir, non être
Le logion dit « devenez passants », et non « soyez passants ». Cette nuance est importante : il s'agit d'un devenir, d'une transformation, d'un passage (encore) d'un état à un autre.
On ne naît pas passant, on le devient. Il faut d'abord avoir été cherchant (logion 2), s'être connu soi-même (logion 3), avoir traversé la mort (logion 18), s'être tenu dans la lumière (logion 11). C'est seulement après ce parcours que l'on peut devenir passant.
Devenir passant, c'est accepter une nouvelle métamorphose, peut-être la dernière du cycle initiatique rectifié : celle qui fait sortir de l'intériorité contemplative pour entrer dans l'extériorité active, celle qui fait quitter le Temple pour aller vers le monde.
Le grade d'Écuyer Novice : de la Maçonnerie à l'Ordre
La sortie du symbolique
Au Rite Écossais Rectifié, le passage du grade de Maître Écossais de Saint-André à celui d'Écuyer Novice des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte marque une rupture fondamentale.
L'Écuyer Novice n'est plus seulement un Maçon qui a progressé dans les grades symboliques : il entre dans un Ordre véritable, qui n'est plus seulement symbolique, mais qui impose des devoirs concrets, une règle de vie, une mission dans le monde.
Le rituel le dit explicitement : lorsque le Récipiendaire est revêtu de la Cotte d'Armes blanche à croix rouge, le Préfet prononce : « Que le passé soit effacé et que tout soit renouvelé. » Le candidat quitte alors son tablier de Maître Écossais et son cordon : il sort du symbolisme maçonnique pour entrer dans la réalité de l'Ordre.
« Quittez ces vêtements et ornements maçonniques »
Le moment où le Préfet demande au Récipiendaire de quitter « ces vêtements et ornements maçonniques » est décisif. Il ne s'agit pas d'une simple formalité vestimentaire : c'est un passage.
L'Écuyer Novice ne renie pas la Maçonnerie, il ne la méprise pas, il ne la considère pas comme dépassée ou inutile. Au contraire, il la reconnaît comme nécessaire et fondamentale : sans elle, il ne serait jamais parvenu jusqu'ici. Mais il comprend que la Maçonnerie était un chemin, non un but. Elle était le moyen, non la fin.
Le Commandeur l'avait déjà averti dans la Chambre du Milieu : « Le Maçon ne devient pas Templier, et ce n'est que comme Maçons que nous les reconnaissons pour des Frères qui ont existé avant nous. » La Maçonnerie est respectée comme filiation, comme source, comme origine, mais l'Ordre des CBCS va au-delà.
En quittant les ornements maçonniques, l'Écuyer Novice devient passant : il traverse la Maçonnerie sans s'y fixer, il la respecte sans s'y enfermer, il la reconnaît sans s'y installer définitivement.
La Chambre du Milieu : le lieu du passage
Le double monument
Avant d'être reçu Écuyer Novice, le candidat est introduit dans la Chambre du Milieu, lieu emblématique qui symbolise exactement le passage dont parle le logion 42.
La Chambre du Milieu est divisée en deux parties séparées par un rideau noir. La première partie, tendue de noir et éclairée seulement par une lampe sépulcrale, abrite un mausolée triangulaire surmonté d'une urne funéraire dont la flamme brûle. Sur ce mausolée, une inscription voilée : « ECCE QUOD SUPEREST ORDINIS TEMPLORIORUM » (Voici ce qui reste de l'Ordre des Templiers).
La seconde partie, séparée de la première par le rideau noir, représente le portique du Temple, brillamment éclairé. Deux grandes figures humaines y sont peintes : la Religion et la Bienfaisance. Une inscription proclame : « SUMUS EQUITES ORDINIS BENEFICI CIVITATIS SANCTAE RELIGIONIS CHRISTI CAUTI DEFENSORES, SPEM, FIDEM ET CHARITATEM COLENTES » (Nous sommes Chevaliers de l'Ordre Bienfaisant de la Cité Sainte, zélés défenseurs de la religion du Christ, vivant dans l'Espérance, la Foi et la Charité).
Le passage de la mort à la vie
La Chambre du Milieu n'est pas un lieu où l'on reste, c'est un lieu de passage. Le candidat entre dans l'obscurité, devant le mausolée qui rappelle la mort de l'Ordre des Templiers. Il y apprend que cet Ordre glorieux est mort, que ses cendres reposent dans l'urne, qu'il n'en reste que des ruines.
Mais la flamme qui s'élève de l'urne funéraire indique que l'esprit a survécu. Le Commandeur explique : « La flamme que vous voyez s'élever de cette urne funéraire où reposent des cendres vous indique que l'esprit qui anima les pieux fondateurs de cet Ordre leur a survécu. »
Puis le rideau s'ouvre, et le candidat découvre le portique du Temple illuminé, les figures de la Religion et de la Bienfaisance, l'inscription qui proclame l'existence actuelle de l'Ordre des CBCS. Il passe de la mort à la vie, de l'obscurité à la lumière, du passé révolu au présent vivant.
Ce passage n'est pas un simple changement de décor : c'est une initiation au devenir-passant. Le candidat apprend qu'il ne doit pas chercher à ressusciter l'Ordre mort des Templiers, mais qu'il doit porter ailleurs l'esprit qui les animait. Il devient passant : il traverse le Temple des Templiers sans s'y installer, il recueille leur héritage spirituel sans prétendre les restaurer politiquement.
« Nous ne cherchons rien dans les débris de l'Ordre du Temple »
Le discours du Commandeur dans la Chambre du Milieu est explicite sur ce point : « Vous comprendrez, mon cher Frère, que nous ne cherchons rien dans les débris de l'Ordre du Temple, puisque nous voulons remonter jusqu'à la source même où il a puisé. »
Cette phrase résume toute la pédagogie du devenir-passant : ne pas s'arrêter aux formes historiques, aux institutions humaines, aux ordres terrestres, mais passer au-delà, remonter à la source, atteindre le principe.
L'Ordre des Templiers n'est pas la source : il a lui-même puisé à une source plus haute, qui est la religion du Christ, la vérité fondamentale, la lumière originelle. L'Écuyer Novice ne devient pas Templier : il devient Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte, c'est-à-dire serviteur de la vérité éternelle, non restaurateur d'une forme historique passée.
Devenir passant, c'est accepter de traverser toutes les formes, toutes les institutions, tous les ordres, pour ne s'attacher qu'à l'essentiel : la Foi, l'Espérance et la Charité.
La bienfaisance active : la mission du passant
« Accourir sur le parvis du Temple pour servir l'humanité souffrante »
Le discours du Dé
puté Maître au candidat, dans le Collège Écossais, pose clairement la mission de l'Ordre : « Ce fut par cette bienfaisance active que leur Ordre se rendit utile aux hommes et conserva l'estime des peuples tant qu'il ne perdit pas de vue le but fondamental de son institution. »
L'instruction insiste : les fondateurs de l'Ordre « sans cesse occups à l'étude et à la contemplation des grands mystères de la nature dans le Temple de la nouvelle loi, adorant sans cesse, dans son sanctuaire, la source unique de toute sagesse, de toute lumière et de toute puissance, ils se faisaient un devoir d'accourir sur le parvis du Temple pour servir l'humanité souffrante. »
Cette formule est capitale : accourir sur le parvis du Temple. L'Écuyer Novice n'est pas appelé à rester dans le sanctuaire, à s'installer dans la contemplation, à jouir égoïstement de la lumière reçue. Il doit sortir, accourir, aller vers ceux qui souffrent.
Le Temple n'est pas supprimé, il n'est pas méprisé : il reste le lieu de l'étude, de la contemplation, de l'adoration. Mais il n'est plus le lieu unique et définitif. Il devient le point de départ d'une mission vers le monde. L'Écuyer Novice passe par le Temple pour aller vers l'humanité.
Les devoirs concrets de bienfaisance
Le rituel énumère avec précision les devoirs de bienfaisance qui incombent à l'Écuyer Novice :
Soulager les malheureux
Prendre soin des malades et des vieillards
Venir au secours des enfants délaissés
Veiller à leur éducation
Protéger et défendre le faible qu'on opprime
Donner l'exemple de la douceur et de la charité envers tous les hommes, de quelque religion qu'ils soient
Ces devoirs ne sont pas des recommandations morales abstraites : ce sont des tâches concrètes, des actions à accomplir, des missions dans le monde. L'Écuyer Novice n'est pas appelé à méditer sur la charité, mais à la pratiquer. Il n'est pas appelé à contempler la bienfaisance, mais à l'exercer activement.
Le premier geste qu'il accomplit après sa réception est d'ailleurs significatif : le Préfet lui demande d'aller « remettre entre les mains du Frère Elmosinaire vos premiers dons pour les pauvres en qualité d'Écuyer Novice ». La toute première action de l'Écuyer Novice est un don, une aumône, un geste de bienfaisance concrète.
Le Pélican : « ESURIENTES ENUTRIT »
L'emblème du Pélican, avec la devise « ESURIENTES ENUTRIT » (il nourrit ceux qui ont faim), résume parfaitement la mission de l'Écuyer Novice.
Le Pélican, selon la symbolique chrétienne et maçonnique, se perce le flanc pour nourrir ses petits de son propre sang. Il se donne lui-même, il se sacrifie pour que d'autres vivent. Il ne garde rien pour lui, il ne thésaurise pas, il ne s'installe pas dans la jouissance de ses biens : il donne, il nourrit, il transmet.
L'Écuyer Novice, en se plaçant sous cet emblème, comprend que sa mission est d'être passant au sens le plus radical : ne rien garder pour soi, tout transmettre, tout donner, nourrir ceux qui ont faim de vérité, de lumière, de soutien matériel et spirituel.
Le Pélican n'accumule pas : il distribue. Il ne thésaurise pas : il dispense. Il ne se repose pas dans la contemplation : il se dévoue dans l'action. Il est le symbole parfait du passant, de celui qui laisse passer à travers lui la vie, la nourriture, la lumière, sans rien retenir pour lui-même.
Le Préfet le dit explicitement lors de la réception : « Cet emblème qui est très ancien dans l'Ordre y est encore conservé pour exprimer qu'il fut toujours voué, et aujourd'hui plus que jamais, à une bienfaisance active envers tous les hommes, de quelque nation et religion qu'ils soient. »
Cette universalité est essentielle : l'Écuyer Novice ne nourrit pas seulement ses Frères, pas seulement les chrétiens, mais tous ceux qui ont faim, sans distinction de religion, de nation, de condition. Il est passant universel, au service de l'humanité entière.
« Devenez passants » : l'accomplissement du parcours rectifié
Récapitulation des cinq logia
Le logion 42, lu à la lumière du grade d'Écuyer Novice, permet de récapituler l'ensemble du parcours initiatique rectifié à travers les cinq logia étudiés :
Logion 2 - Apprenti : « Que celui qui cherche ne cesse de chercher jusqu'à ce qu'il trouve ; et quand il aura trouvé, il sera bouleversé ; et lorsqu'il aura été bouleversé, il sera émerveillé, et il régnera sur le Tout. »
→ Entrer dans le Temple, chercher la lumière, consentir à la crise intérieure.Logion 3 - Compagnon : « Quand vous vous connaîtrez, alors vous serez connus, et vous saurez que c'est vous les fils du Père le Vivant. »
→ Se connaître soi-même, découvrir sa dignité filiale devant le miroir.Logion 18 - Maître : « Avez-vous donc découvert le commencement, pour que vous cherchiez la fin ? Car là où est le commencement, là sera la fin. Heureux celui qui se tiendra dans le commencement, et il connaîtra la fin, et il ne goûtera pas la mort. »
→ Traverser la mort symbolique pour découvrir que fin et commencement coïncident.Logion 11 - Maître Écossais de Saint-André : « Quand vous serez dans la lumière, que ferez-vous ? »
→ Accomplir le cycle symbolique, récapituler le parcours, se tenir dans la lumière pleine.Logion 42 - Écuyer Novice : « Devenez passants. »
→ Sortir du Temple pour porter la lumière au monde, servir l'humanité, ne rien thésauriser.
Le parcours forme une trajectoire complète : entrer (chercher), approfondir (se connaître), transformer (mourir et renaître), accomplir (se tenir dans la lumière), puis sortir (devenir passant). Le cycle n'est pas fermé sur lui-même : il s'ouvre sur le monde par la mission de bienfaisance.
Du Temple au monde
Le grade d'Écuyer Novice achève le parcours initiatique rectifié en le déployant vers l'extérieur. Tous les grades précédents conduisaient vers l'intérieur : vers le centre de soi-même, vers le cœur du Temple, vers la lumière cachée.
L'Écuyer Novice, lui, est orienté vers l'extérieur : vers le parvis du Temple, vers le monde, vers l'humanité souffrante. Il ne s'agit pas d'un renoncement à l'intériorité, mais de son accomplissement dans l'action.
Le logion 42 exprime parfaitement ce mouvement : après avoir cherché, trouvé, été bouleversé, émerveillé (logion 2), après s'être connu (logion 3), après avoir découvert le commencement (logion 18), après s'être tenu dans la lumière (logion 11), il reste une dernière étape : devenir passant.
Ne plus être simplement celui qui reçoit, mais celui qui transmet. Ne plus être seulement celui qui contemple, mais celui qui agit. Ne plus être uniquement celui qui s'enrichit intérieurement, mais celui qui donne, qui nourrit, qui sert.
La liberté du passant
Ne s'attacher à aucune forme
Le passant est libre parce qu'il ne s'attache à aucune forme particulière. Il respecte les formes, il les traverse, il les utilise, mais il ne s'y identifie pas définitivement.
L'Écuyer Novice a traversé quatre grades maçonniques symboliques. Il a été Apprenti, Compagnon, Maître, Maître Écossais de Saint-André. Chaque grade lui a apporté une lumière, une connaissance, une transformation. Mais il ne s'est arrêté à aucun : il est passé d'un grade à l'autre.
Maintenant qu'il entre dans l'Ordre des CBCS, il comprend que même la Maçonnerie elle-même était une forme à traverser, non une fin dernière. Il quitte ses ornements maçonniques sans renier la Maçonnerie, il la respecte comme filiation mais il ne s'y enferme pas.
Cette liberté du passant est celle de l'homme qui a compris que tout passe (logion 11), et qui ne cherche plus sa sécurité dans les institutions humaines, aussi vénérables soient-elles, mais dans la vérité éternelle qui les traverse toutes sans se fixer dans aucune.
La mobilité spirituelle
Le passant possède une mobilité spirituelle qui lui permet de s'adapter à toutes les situations, de servir dans tous les contextes, de porter la lumière partout où elle est nécessaire.
Il n'est pas prisonnier d'un lieu, d'une forme, d'une méthode. Il peut travailler dans le Temple ou sur le parvis, dans le sanctuaire ou dans le monde, avec les Frères ou avec les profanes. Sa fidélité n'est pas à une forme extérieure, mais à l'esprit qui anime toutes les formes authentiques.
Le rituel insiste sur cette universalité de la charité : l'Écuyer Novice doit donner « l'exemple de la douceur et de la charité envers tous les hommes, de quelque religion qu'ils soient ». Il ne sert pas seulement ses Frères, pas seulement les chrétiens, mais tous les hommes sans distinction.
Cette ouverture universelle est le propre du passant : il n'exclut personne, il ne se limite pas à un groupe, à une confession, à une nation. Il passe à travers toutes les frontières pour porter secours partout où il y a besoin.
« Que la prudence et l'attention dirigent tous nos pas »
Au moment de quitter le Collège Écossais pour se rendre dans la Chambre du Milieu, le Commandeur prononce ces paroles : « Mes Frères, que la prudence et l'attention que nous devons avoir sur nous-mêmes dirigent tous nos pas et que l'obscurité éloigne tous regards indiscrets. »
Cette recommandation de prudence et d'attention est essentielle pour le passant. S'il doit sortir dans le monde, s'il doit traverser les frontières, s'il doit servir universellement, il ne doit pas pour autant se disperser, se perdre, s'égarer.
Le passant n'est pas un errant sans direction, un vagabond sans but. Il est un voyageur conscient, un pèlerin attentif, un messager fidèle. Il sait d'où il vient (du Temple, de la source), il sait où il va (vers ceux qui ont besoin), il sait ce qu'il porte (la lumière, la vérité, la charité).
La prudence du passant consiste à ne jamais oublier sa mission, à ne jamais se laisser détourner par les sollicitations du monde, à ne jamais confondre le service avec la complaisance, la charité avec la faiblesse, l'ouverture avec le relativisme.
Conclusion : le dernier passage
Le logion 42 de l'Évangile selon Thomas, lu à la lumière du grade d'Écuyer Novice des Chevaliers Bienfaisants de la Cité Sainte, révèle le dernier passage du cycle initiatique rectifié.
Après avoir cherché et trouvé, après s'être connu soi-même, après avoir traversé la mort symbolique, après s'être tenu dans la lumière et avoir récapitulé tout le parcours, l'initié doit accomplir un ultime mouvement : devenir passant.
Ce dernier passage n'est pas un retour en arrière, une régression vers l'état profane. C'est au contraire l'accomplissement suprême de l'initiation : la capacité à sortir du Temple sans perdre la lumière, à entrer dans le monde sans se perdre dans le monde, à servir l'humanité sans renoncer à la vérité.
L'Écuyer Novice ne quitte pas la Maçonnerie : il la traverse pour porter plus loin son esprit. Il ne renie pas le Temple : il en sort pour en étendre les bienfaits. Il ne méprise pas les symboles : il les dépasse pour atteindre la réalité qu'ils signifiaient.
« Devenez passants » : cette parole si brève contient toute la sagesse du dépouillement, du service, du don de soi. Le passant ne possède rien, ne garde rien, ne thésaurise rien. Il reçoit pour transmettre, il apprend pour enseigner, il est éclairé pour éclairer.
Comme le Pélican qui nourrit ses petits de son propre sang, l'Écuyer Novice se donne lui-même au service de l'humanité souffrante. Il est devenu ce que l'initiation rectifiée voulait faire de lui depuis le début : non pas un sage replié sur sa perfection intérieure, mais un serviteur actif, un bienfaiteur universel, un passant qui traverse le monde en y laissant partout des traces de lumière, de charité et de vérité.
Le parcours initiatique s'achève ainsi non dans la clôture, mais dans l'ouverture ; non dans la possession, mais dans le don ; non dans l'installation, mais dans le passage. L'Écuyer Novice, devenu passant, accomplit la promesse de tous les grades précédents : être au monde sans être du monde, servir l'humanité sans se perdre dans le siècle, porter la lumière sans jamais l'éteindre.