La lame d’or triangulaire et les lettres J.A. au grade de Maître RER
Origine rituelle et place symbolique

Au grade de Maître, le Tapis de Loge présente un cercueil entouré de 81 larmes, une tête de mort, une branche d’acacia, et au milieu une lame d’or triangulaire gravée des lettres J.A.. Cet objet n’est pas décoratif : lors de la reconnaissance des Maîtres, le Vénérable Maître la fait circuler, et chaque Frère reçoit à l’oreille ces deux lettres, rappel de l’ancien mot perdu à la mort d’Hiram.
Le triangle évoque la Trinité divine et l’incorruptibilité de l’or oppose la corruption charnelle (Mak-Benak : « le corps est corrompu »). Au grade suivant, Maître Écossais de Saint-André, une plaque d’or triangulaire porte déjà le Nom de Dieu (JEHOVA) sur pierre cubique, dans le Temple reconstruit.
J.A. : indicatrices de l’ancien mot sacré
L’instruction du grade est formelle : le Maître ne connaît plus que « les deux lettres indicatives J.A. que j’ai remarquées sur le tombeau », essence de l’ancien mot – « un des noms révérés du Grand Architecte ». Substitué par Mak-Benak après la perte, ce mot reste voilé, ne laissant que ses initiales pour guider le travail intérieur.
Ces lettres marquent la survivance mystérieuse de la Parole divine, même quand l’homme n’en retient que des fragments. Le Rite rectifié refuse de les prononcer, orientant vers une quête active plutôt qu’une répétition profane.
Lien avec les traditions hébraïque et kabbalistique
J.A. (יה) est la lecture latine de Yod-He (יה), première digrammation du Tétragramme YHWH (יהוה), Nom ineffable révélé à Moïse (Exode 3,14). Dans la tradition hébraïque, Yod symbolise la main créatrice de Dieu, principe primordial ; He, le souffle vital insufflé à Adam (Genèse 2,7), marquant l’entrée de la vie divine dans la chair.
La Kabbale approfondit : Yod (י), point minuscule, est l’unité indivisible de l’Aïn Soph (Infini) se condensant en création ; He (ה), fenêtre ouverte, permet au divin de se manifester sans se diluer. Ensemble, יה forme le Nom abrégé porté par les Patriarches (Abraham : אהיה, Isaac : יהי, Jacob : יהוה), et invoqué dans la prière pour restaurer l’harmonie adamique brisée par la Chute. Le voile des J.A. sur la lame d’or reflète cette réserve mystique : prononcer le Nom complet profane ; en conserver les lettres indicatrices respecte le secret sacré, comme les Maîtres de la Torah n’écrivent qu’יהוה sans voyelles.
Symbolisme judéo-chrétien et progression initiatique
Cette empreinte hébraïque-kabbalistique s’ouvre à la lecture chrétienne du RER : les lettres perdues (destruction du Temple) sont restituées par l’Esprit Saint (Nouvelle Alliance), via Saint-André, disciple passant de Jean-Baptiste au Christ. Progression :
Maître : lame d’or avec J.A. sur cercueil (perte, corruption).
MESA : lame d’or avec JEHOVA au Temple reconstruit (restauration).
Enseignement pour le Maître rectifié
La lame appelle à :
Méditer le manque : posséder seulement les indicatrices (יה), non la Parole pleine.
Travailler les vertus : Prudence, Tempérance, Justice, Force pour mériter la révélation.
Vivre la doctrine : dépasser Mak-Benak vers la réintégration adamique christique, guidé par le souffle divin de He.
Emblème du « mot perdu », elle fait du Maître un chercheur vigilant, fidèle au voile willermozien qui protège le sacré hébraïque-kabbalistique dans sa transposition chrétienne.