Enfants de la Veuve :
Fils de la Shekhinah sans le savoir !
- "A moi, Les Enfants de la Veuve !"
- La « Veuve » des Maçons : Au-delà de Madame Abiff, une Figure Sacrée Hébraïque
- La Réintégration Pasquallienne : Réparer l'Exil de la Shekhinah
- La Birkat Kohanim : Une Invocation qui Réapparaît dans les Rituels du RER
- Hiram : Un Netsah Lévitique, Prêtre du Bronze
- Le Sefer Yetzirah (1:5-9) : Vav et Shin, Hiram le Permutateur Cosmique
- Le Midrash Shemot Rabbah 52:5 : La Shekhinah Accompagne l'Exil comme une Veuve-Mère
- En synthèse Hiram, Shekhinah et Birkat Kohanim : Les Racines Hébraïques du RER
- Note au Lecteur Maçon : Un Sourire pour les Agapes
"A moi, Les Enfants de la Veuve !"
Henri Brisson, député français et figure maçonnique, est connu pour avoir crié « À moi les enfants de la veuve ! » à l'Assemblée nationale. Cette exclamation, un appel maçonnique, visait à rallier les députés francs-maçons en danger.
Contexte historique
L'incident se produit le 4 juin 1902 lors du vote de confiance au gouvernement Waldeck-Rousseau, menacé par l'affaire des fiches. Brisson, depuis la tribune, exécute le signe de détresse maçonnique (bras tendus, doigts croisés) avant de lancer le cri, invoquant la solidarité des "enfants de la veuve" – terme maçonnique désignant les initiés.
Conséquences
Cet appel permet d'obtenir les voix nécessaires pour sauver le ministère, démontrant l'influence occulte de la franc-maçonnerie en politique sous la IIIe République. L'expression tire son origine du mythe d'Hiram, architecte du Temple de Salomon, assassiné et pleuré par la Veuve.
La « Veuve » des Maçons : Au-delà de Madame Abiff, une Figure Sacrée Hébraïque
La franc-maçonnerie désigne traditionnellement ses membres comme « enfants de la veuve », en référence à Hiram Abiff, "l'architecte" du Temple de Salomon, fils d'une veuve de la tribu de Nephtali (1 Rois 7:14). Cette dénomination, ancrée dans les rituels du XVIIIe siècle comme Masonry Dissected (1730) ou ceux du Rite Français, semble pointer vers une mère humaine honorable mais modeste. Pourtant, réduire la « Veuve » à Madame Abiff simplifie une symbolique bien plus profonde, reliée aux écrits hébraïques et kabbalistiques où elle évoque la Shekhinah, Présence divine féminine en exil après la destruction du Temple. Approfondir ces connexions révèle les maçons non comme orphelins d'une simple femme, mais comme prêtres réparateurs d'une brisure cosmique.
Hiram Biblique : Fils d'une Veuve Humaine, Protégé par la Loi Divine
Les textes hébraïques présentent Hiram comme artisan tyrien expert en bronze, envoyé par Hiram de Tyr à Salomon (2 Chroniques 2:13-14). Sa mère, veuve israélite, incarne la vulnérabilité protégée par la Torah : « Tu ne maltraiteras point la veuve ni l'orphelin » (Exode 22:22) ; Dieu est « père des orphelins et juge des veuves » (Psaume 68:6). Dans les rituels maçonniques, les maçons jurent de veiller sur cette veuve post-mortem d'Hiram, via le « Tronc de la Veuve », écho direct à Deutéronome 24:19-21 imposant la glanure pour les démunis. Madame Abiff reste honorable, mais son rôle pointe vers une Veuve plus universelle : l'institution maçonnique orpheline de son Maître.
La Shekhinah : La Vraie Veuve Cosmique en Exil
Kabbalistiquement, la Shekhinah (Malkhout) devient « veuve » après le départ du Kavod divin du Sanctuaire (Ézéchiel 10:18-19 ; 11:23), pleurant Jérusalem comme une mère exilée (Lamentations Rabbah 1:17 ; Tikkunei Zohar 91b). Le Zohar (II, 99b) la décrit languissant sans son Époux céleste, séparée par la Shevirat ha-Kelim (bris des vases). Les maçons, enfants de cette Veuve divine, réparent via le Tikkun : Hiram, maître du bronze (Netsah), élève Jachin-Boaz pour unir Tiferet et Malkhout. Midrash (Shemot Rabbah 52:5) la montre suivant Israël en exil ; les rituels RER (1778) font des maçons ce « peuple » réparateur.
La Réintégration Pasquallienne : Réparer l'Exil de la Shekhinah
Martinès de Pasqually explique que la révolte d'Adam a provoqué une rupture cosmique. La Shekhinah, sphère de Malkhout, est tombée en exil, captive des klipot ou écorces impures. La réintégration consiste à libérer ces étincelles divines par la pratique des vertus, les ramenant ainsi vers leur Source originelle (voir Traité de la Réintégration des Êtres , chapitres 10 à 15). Willermoz transpose cette idée dans le RER : la mort symbolique d'Hiram représente la chute adamique, tandis que l'élévation au grade de Maître symbolise la réintégration. Les maçons, en tant qu'« enfants de la Veuve », restaurent ainsi la Présence divine exilée, conformément à la description du Zohar (II, 99b) où la Shekhinah languit sans son Époux céleste.
La Birkat Kohanim : Une Invocation qui Réapparaît dans les Rituels du RER

La bénédiction sacerdotale, ou Birkat Kohanim (Nombres 6:24-26), se compose de trois mouvements : « Que l'Éternel te bénisse et te garde », « qu'il fasse briller sa Face sur toi et te donne Grâce », « qu'il tourne sa Face vers toi et te donne la Paix ». Cette structure guide les invocations du RER. Lors de l'ouverture de la loge, on invoque la protection du Grand Architecte. Au grade de Maître, la lumière illumine les ruines laissées par la mort d'Hiram, faisant briller la Face divine. À la clôture, on élève une Paix cosmique qui permet à la Shekhinah de remonter vers sa source. Les prêtres du Temple traçaient la lettre Shin (initiale de Shaddaï et de Shekhinah) avec leurs doigts levés ; de manière analogique, les signes et voyages à l'Orient dans le RER canalisent l'influx divin, le Vénérable Maître jouant un rôle médiatique semblable à celui du prêtre lévitique ( Règlement de 1778 , grade de Maître).
Hiram : Un Netsah Lévitique, Prêtre du Bronze
La Bible présente Hiram comme un maître artisan expert en bronze (1 Rois 7:13-47). Dans la kabbale, le bronze correspond à Netsah, la sefirah de la victoire et de l'endurance éternelle. Les vertus rares célébrées dans le sacerdoce lévitique se traduisent dans ses réalisations :
L'autel en bronze (Exode 27:1-8) servait aux holocaustes expiatoires ; Hiram aime pareillement la grande mer en fonte (1 Rois 7:23-26).
Le serpent de bronze élevé par Moïse (Nombres 21:9) préfigure le regard de la foi qui sauve ; Hiram agit en prêtre du métal, purifiant par le feu.
Le RER énumère les vertus cardinales (justice, prudence, force, tempérance), en écho à la pureté sacerdotale exigée dans Lévitique 21.
Le Sefer Yetzirah (1:5-9) : Vav et Shin, Hiram le Permutateur Cosmique

Le Sefer Yetzirah , texte fondateur de la kabbale spéculative, décrit la création divine à travers 32 chemins mystiques : dix sefirot et vingt-deux lettres hébraïques. Parmi celles-ci, Vav (ו) et Shin (ש) jouent un rôle clé dans la construction templière kabbalistique :
- Vav, lettre sixième et symbole du « clou » (radical וו), correspondent à Tiferet. Elle repose verticalement Keter à Malkhout, agissant comme un phallus symbolique dans l'union sacrée ( Zohar I, 15a).
- Shin, mère du Feu, est l'initiale de Shekhinah et Shaddaï. Sa forme dentelée évoque les créneaux des murailles du Temple (1 Rois 6:36).
Hiram opère la permutation créatrice :
- Jachin (Jakin) (יָכִין) : Vav stabilise Yod (main divine), Kaf (paume ouverte) et Noun (germination de l'âme).
- Boaz (בֹּעַז) : Shin consomme par le feu Beth (maison), Ayin (œil divin) et Zayin (arme de victoire).
Le passage des piliers maçonniques équivaut à un Ibbour , une imprégnation divine : le maçon permute Vav-Shin et restaure ainsi l'ordre créateur ( Sefer Yetzirah 4:7).
Le Midrash Shemot Rabbah 52:5 : La Shekhinah Accompagne l'Exil comme une Veuve-Mère
Dans ce midrash, la Shekhinah pleure lors de l'exil à Babylone : « Mes enfants, où allez-vous sans moi ? ». Elle accompagne Israël comme une veuve-mère éplorée. Les maçons, en tant qu'orphelins d'Hiram, deviennent des kohanim spirituels :
Les sacrifices lévitiques remontaient la Shekhinah vers le divin ; les vertus du RER polissent la pierre brute et élèvent les étincelles dispersées (rassembler ce qui est épart).
Israël représente les enfants de la Shekhinah en exil ; les maçons forment un peuple réparateur sans Temple physique.
En synthèse
Hiram, Shekhinah et Birkat Kohanim :
Les Racines Hébraïques du RER
Cette filiation spirituelle relie à la bénédiction sacerdotale (Birkat Kohanim, Nombres 6:24-26), invoquée dans les rituels RER pour unir ciel et terre, les maçons agissant comme prêtres réparateurs face à l’exil de la Présence :
La formule évoque un nœud très dense : bénédiction sacerdotale, exil de la Présence, rôle quasi‑sacerdotal des maîtres du RER.
1. La bénédiction sacerdotale comme matrice
La Birkat Kohanim (Nombres 6,24‑26) est la bénédiction par laquelle les prêtres « mettent le Nom » sur Israël, c’est‑à‑dire rendent effective la Présence au milieu du peuple. Le texte hébreu distingue trois mouvements : bénédiction/protection, lumière/grâce, élévation/paix. Cette structure devient, dans une lecture symbolique, un schéma de descente et de remontée de l’influx divin : le Nom passe par la bouche des prêtres, repose sur le peuple et re‑monte vers la Source par la paix rétablie. La filiation spirituelle des « enfants de la Veuve » se comprend alors comme intégration à ce flux : ils sont ceux sur qui le Nom doit reposer à nouveau, au milieu d’un monde où le Temple n’est plus.
2. L’écho implicite au RER
Même si les rituels rectifiés ne citent pas textuellement Nombres 6, ils reprennent le schéma de la bénédiction :
- un appel initial à la protection et à la garde du Grand Architecte,
- une demande de lumière (illumination intérieure),
- une quête de paix et de réconciliation.
La devise même du Rite (vocation à la réintégration) fonctionne comme transposition de cette bénédiction : ce que les kohanim accomplissaient dans l’espace sacré du Temple, le maître rectifié est appelé à l’accomplir dans le « temple intérieur » et dans la loge. La filiation à la Veuve ne se réduit donc pas à la mère biologique d’Hiram, mais renvoie à la communauté des hommes qui reçoivent, comme Israël autrefois, la bénédiction du Nom et doivent en être porteurs dans un monde en exil.
3. Unir ciel et terre : fonction sacerdotale du maître
Dans la logique biblique et rabbinique, le prêtre est celui qui se tient « entre » : entre Dieu et le peuple, entre sainteté et profane, entre vie et mort. La Birkat Kohanim est précisément l’acte où cette position médiane devient parole : les prêtres élèvent leurs mains, tracent avec leurs doigts la lettre shin (initiale de Shekhinah/ Shaddaï) et laissent passer la bénédiction. De même, au RER, le maître qui se tient à l’Orient lors des travaux, qui invoque la lumière et prononce les formules rituelles, occupe une place médiane : il n’est pas prêtre lévitique au sens halakhique, mais il assume symboliquement une fonction intermédiaire comparable. La loge devient alors une sorte de micro‑Temple, et la Birkat Kohanim sa matrice implicite.
4. Les maçons comme « prêtres réparateurs »
Dans la perspective kabbalistique, l’exil de la Présence (Shekhinah) après la destruction du Temple transforme le monde en champ de ruines sacrées : la Présence est comme veuve, dispersée dans les étincelles et captive des « écorces ». La tâche du Tikkoun consiste à ramener ces étincelles à leur source, à faire remonter la Shekhinah vers l’Époux divin. C’est exactement dans ce cadre que la métaphore maçonnique des « enfants de la Veuve » prend une profondeur nouvelle :
- la Veuve n’est plus seulement Madame Abiff, mais la Présence divine exilée ;
- les « enfants » sont ceux qui, par leurs actes, leurs paroles et leur travail symbolique, participent à son relèvement.
Le maître rectifié, qui a traversé la mort d’Hiram, est invité à se comporter comme un prêtre du Temple disparu : là où le Kohen offrait sacrifices et encens pour rapprocher la Présence, lui offre l’oblation de sa volonté, de ses passions rectifiées et de son intelligence éclairée. Là où le Kohen élevait ses mains pour bénir le peuple, lui élève l’équerre et le compas, la Parole et le signe, pour rétablir dans son horizon un axe vertical reliant terre et ciel.
5. Filiation, Veuve et Birkat Kohanim : la boucle
Dire que « cette filiation spirituelle relie à la bénédiction sacerdotale » signifie donc :
- que les maçons se comprennent comme héritiers d’Israël sous la bénédiction du Nom ;
- qu’ils reprennent, dans un contexte symbolique, la fonction médiatrice des kohanim ;
- qu’en se déclarant « enfants de la Veuve », ils reconnaissent le monde comme Temple détruit, la Présence comme veuve, et leur propre travail comme participation au Tikkoun.
Dans cette optique, il devient effectivement réducteur de faire de la Veuve une simple figure anecdotique, alors que tout le dispositif biblique et kabbalistique oriente vers une lecture beaucoup plus haute : la mère de tous les maçons n’est pas seulement la veuve d’un artisan, mais la Présence elle‑même, dépourvue de Temple, attendant une lignée de « fils » capables de porter, à leur mesure, la bénédiction sacerdotale au cœur de l’histoire.
Conclusion : Nécessité d'un Approfondissement Hébraïque
Madame Abiff honore la filiation humaine, mais la « Veuve » maçonnique transcende vers Shekhinah lévitique, rites du Temple préfigurant voyages initiatiques. Ignorer ces racines kabbalistiques-bibliques appauvrit la maçonnerie ; approfondir révèle un sacerdoce réparateur, fidèle à Torah et au Zohar. Pour le chercheur, explorer Lévitique 16, Zohar et les rituels du RER démontrent : les « enfants » ne sont pas simples orphelins, mais les gardiens du Sanctuaire intérieur.

Note au Lecteur Maçon : Un Sourire pour les Agapes
Imaginez la scène : aux agapes, entre deux toasts au Grand Architecte, votre "Frère" – fervent lecteur de Drumont – vous serine sur les "hébreux de service". Vous, discrètement, glissez lui : « Mon Frère, saviez-vous que notre tablier nous fait kohanim, prêtres du Temple ? Birkat Kohanim à l'Orient, Shekhinah en Malkhout... Vous êtes plus juif que le Grand Sanhédrin lui-même ! »
Sa mine déconfite, entre l'acacia fendu et le compas qui tremble, vaut toutes les planches du monde. La prochaine fois qu'un "frère" oubliera ses origines templières, pensez à cet article la Veuve – notre Shekhinah – qui se voile la face devant tant d'ignorance.
Amusement fraternel garanti : Tikkun 1, antisémitisme 0. 😏

