La Chaine d'Union

1. Quand la chaîne d’union vient sceller le travail

Dans les rituels des quatre grades symboliques du RER, la chaîne d’union se situe toujours à la toute fin de la tenue, après les délibérations, la lecture et l’approbation du protocole, ainsi que la quête pour les aumônes.
Elle n’appartient donc pas au décor, mais clôt la partie proprement initiatique : une fois le travail accompli, la Loge se rassemble une dernière fois, non pour décider, mais pour se présenter collectivement devant le Grand Architecte de l’Univers.

Au grade d’Apprenti, le rituel précise que, lorsque tout est achevé sur les deux colonnes, « la Loge est fermée » seulement après la chaîne et la prière qui l’accompagne.
Les grades de Compagnon, Maître et Maître Écossais de Saint‑André reprendront ce même schéma : la chaîne vient sceller le temps sacré de la tenue avant le retour au temps ordinaire.

2. Une gestuelle très précise et très cohérente

La mise en place de la chaîne est réglée avec minutie, en particulier au premier grade. Tous les Frères déposent leurs épées, se découvrent et ôtent leurs gants avant de se ranger autour du Tapis.
Le Vénérable pose lui‑même son épée sur la Bible, se tient « découvert et déganté », puis descend former la chaîne avec les autres : l’autorité se remet, elle aussi, entre les mains de Dieu et de l’Ordre.

L’ordre de placement est hiérarchisé : Apprentis et Compagnons à l’Occident, entre le Tapis et les Surveillants ; Maîtres au Nord et au Midi, tirant la chaîne vers le milieu ; grades supérieurs et dignitaires prolongeant les colonnes jusqu’à l’Orient, aux côtés du Vénérable.
Lorsque le nombre de Frères est important, le rituel prévoit même une « seconde chaîne » venant se greffer sur la première, ce qui montre bien que l’idée n’est pas de dessiner une ronde informelle, mais un cercle ordonné, structuré et stable.

Le geste essentiel est celui des bras croisés, le droit au‑dessus du gauche, chaque Frère tenant la main de ses voisins.
Cette croix discrète, qui met la main droite – traditionnelle main de la force et de l’engagement – au‑dessus de la gauche, suggère une union intérieure du vouloir et de la sensibilité : l’affectif fraternel est assumé, mais maîtrisé par une volonté droite et réglée.

3. La prière du Vénérable : offrande d’un corps vivant

Une fois la chaîne complétée, le Vénérable prononce une prière qui constitue la clé d’interprétation de tout le geste.
Il y remercie l’« Architecte Suprême de l’Univers » pour ses bienfaits, demande que sa lumière soit répandue sur tous les Frères, et implore que les assemblées soient « le séjour de la paix et de la vertu ».

Le passage décisif concerne la chaîne elle‑même : le Vénérable demande que « la chaîne d’une amitié parfaite et fraternelle soit désormais si forte entre nous que rien ne puisse jamais l’altérer ».
La chaîne n’est donc pas un simple moment de convivialité : elle est offerte comme une réalité à fortifier par le Ciel, une amitié rendue stable par la grâce, et non par le seul affectif.

On notera enfin que cette prière est suivie du retour ordonné de chaque Frère à sa place, puis de la fermeture formelle de la Loge par la batterie de clôture.
La chaîne est ainsi encadrée par deux moments d’ordre : la discipline rituelle ne se dissout pas dans l’émotion fraternelle, elle la porte et la règle.

4. De l’Apprenti au Maître : la chaîne devant la mort et la Parole perdue

Si la structure générale est la même aux grades supérieurs, le climat intérieur se transforme progressivement. Au Compagnon, la chaîne suit des travaux centrés sur l’étude, les sciences libérales et la Tempérance : la fraternité se fait cercle d’apprentissage et de maîtrise de soi.
Au Maître, elle se tient dans une Loge drapée de noir, autour d’un Tapis où trône le cercueil d’Hiram et les 81 larmes d’or : c’est désormais une fraternité qui assume le deuil, la violence des passions et le mystère de la mort.

Le rituel de Maître insiste sur les trois coups mortels reçus par Hiram et sur les passions qu’ils figurent (envie, avarice, orgueil), ainsi que sur la résurrection symbolique du récipiendaire tiré du tombeau.
La chaîne d’union vient alors après que le nouveau Maître a été reconnu, instruit et invité à travailler sur la Planche à tracer : elle enveloppe un corps maçonnique qui a traversé la nuit, mais n’a pas encore retrouvé la Parole perdue.

Dans ce contexte, les bras croisés et les mains unies prennent une tonalité nouvelle : il ne s’agit plus seulement de se promettre aide mutuelle, mais de tenir ensemble face à l’absence de la Parole, dans le silence du deuil et l’espérance d’une lumière plus haute.
L’assemblée devient un « corps souffrant » qui attend sa guérison, mais qui maintient l’unité en attendant.

5. Maître Écossais de Saint‑André : la chaîne à la porte de la Nouvelle Jérusalem

Le rituel du Maître Écossais de Saint‑André souligne explicitement que ce quatrième grade est « intermédiaire » entre la Maçonnerie symbolique et l’Ordre Intérieur, et qu’il en constitue le sommet et la préparation.
Il récapitule les grandes étapes de l’histoire du Temple : destruction, captivité, reconstruction sous Zorobabel, puis ouverture vers la « Nouvelle Jérusalem » figurée par le dernier tableau.

Dans cette perspective, la chaîne d’union ne se contente plus de maintenir l’unité d’une Loge au travail : elle anticipe un autre mode de rassemblement, plus intérieur, plus ecclésial au sens large du terme.
Les Maîtres Écossais y sont déjà invités à regarder vers la montagne de Sion, vers l’Agneau triomphant et les douze portes de la Ville : le cercle qu’ils forment autour du Tableau devient l’ébauche d’une cité spirituelle où chaque place est ordonnée à un Centre unique.

En reprenant la même gestuelle – bras croisés, mains unies, épées déposées – le grade de Saint‑André montre que le geste ne change pas, mais que la conscience qu’on en a doit se transformer.
La chaîne n’est plus seulement fraternité d’entraide ni patience dans l’épreuve : elle devient réponse libre à un appel plus élevé, consentement commun à être rassemblés, un jour, dans cette Jérusalem nouvelle que le Rite contemple en point de fuite.

Conclusion

Au fil des quatre grades, la chaîne d’union du RER apparaît ainsi comme un véritable baromètre intérieur de la Loge : au début, elle scelle la découverte de la fraternité ; au milieu, elle tient bon au pied du tombeau ; à la fin de la Maçonnerie symbolique, elle se tourne vers une cité à venir. Toujours la même forme, mais une conscience qui s’approfondit jusqu’à faire de la Loge, fût‑ce un instant, « un seul corps vivant » offert au Grand Architecte de l’Univers.

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